CENTRAFRIQUE : « MEMORANDUM DE LA PLATE FORME DES CONFESSIONS RELIGIEUSES SUR LA CRISE CENTRAFRICAINE AU GOUVERNEMENT »

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Bangui, le 27 mai 18

« MEMORANDUM DE LA PLATE FORME DES CONFESSIONS RELIGIEUSES SUR LA CRISE CENTRAFRICAINE AU GOUVERNEMENT »

Par ce mémorandum, la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique composée de Musulmans, Chrétiens Catholiques et Protestants, tient à partager ses inquiétudes et ses interrogations sur la persistance de la crise depuis 2012 suite à l’avènement de la coalition Séléka aux pouvoirs de l’Etat.

Après une gestion chaotique du pouvoir, ponctuée par les violations massives et répétées des droits inhérents à la personne humaine par la coalition Séléka sur les populations centrafricaines, les Anti Balaka qui se sont constitués pour les combattre ont commis les mêmes types de violations graves des droits de l’homme sur les civils non armés de confession musulmane, donnant à la crise l’apparence d’un conflit confessionnel.

En réalité, la crise centrafricaine trouve ses origines non seulement dans la mauvaise gouvernance, la corruption, le clientélisme, l’exclusion, le régionalisme, le refus de l’alternance politique, la pauvreté, la mauvaise redistribution des richesses, la faiblesse des institutions républicaines, la crise de leadership, l’impunité, l’insécurité, maintes fois dénoncées, mais également dans les visées de certains pays voisins et étrangers, qui cherchent à dérouler dans le pays des agendas cachés afin de l’occuper, par le biais de groupes armés orientés et entretenus par eux, pour ainsi contrôler les ressources de la RCA.

Prenant prétexte de ces exclusions et violations des droits humains, certains compatriotes mus par la recherche du gain facile et la conquête du pouvoir par des moyens antidémocratiques, s’allient avec des mercenaires étrangers venant pour la plupart du Tchad et du Soudan pour déstabiliser la Nation Centrafricaine.

Les violences orchestrées par ces compatriotes avec la complicité de ces mercenaires étrangers utilisent sans vergogne la division factice entre les Chrétiens et les Musulmans, pour faire la diversion, alors que l’objectif réel est la prise du pouvoir et le contrôle des richesses naturelles de la RCA au détriment du peuple Centrafricain, qui est victime chaque jour d’actes de violences innommables.

Alors que la Transition a pris fin, par l’installation en mars 2016 de nouvelles autorités politiques élues, curieusement, celles-ci ont toutes les peines du monde à se départir des ingérences de la communauté internationale, pour prendre des décisions idoines, afin d’assurer la protection effective de la population, sous le fallacieux prétexte de l’embargo sur les armes en vue de doter les Forces Armées Centrafricaines, pendant que les groupes armés non conventionnels se dotent au vu et au su de la communauté internationale. Comment expliquer ce deux poids deux mesures ?

Aussi, il y a lieu de déplorer l’inefficacité et le manque de professionnalisme de certains contingents de la MINUSCA qui auraient pu aider à la sécurisation de la population civile mais, qui passent leur temps à comploter avec ces rebelles pour commettre des crimes à caractère confessionnel ce qui, à n’en point douter, est une instrumentalisation de la crise à des fins religieuses.

L’objectif recherché par ces ennemis du Peuple centrafricain est de créer les conditions d’une révolte populaire sanglante contre une communauté, pour justifier leur projet sordide de la mise sous tutelle de la RCA. Nous sommes étonnées et choques d’entendre les propos tenus par Représentant Secrétaire General des Nations Unis, lors de la rencontre entre le Chef de l’Etat et les forces vices au Palais de la Renaissance, suite à l’opération « SOUKOULA », soutenant que « la résolution de la crise centrafricaine prendra au moins quarante (40) ans ». Allons-nous sacrifier des générations ?

Ces actes de déstabilisation et l’occupation d’une partie du territoire national sont l’œuvre de certains Centrafricains, et des mercenaires tchadiens et soudanais et certaines puissances étrangères qui soutiennent les groupes rebelles prônant ainsi la partition de la RCA.

Aucun Etat ne doit prendre prétexte des agissements de ses citoyens sur un territoire national pour intervenir en RCA. La RCA est membre de la CEMAC, de la CEEAC, de la CENSAD et de l’UA. Comment expliquer la libre circulation des chefs rebelles et leurs éléments et tout leur arsenal entre la République Centrafricaine et les pays limitrophes ?

Lors du Forum de Bangui en mai 2015, le peuple Centrafricain a dit non à l’impunité et réclamé la mise en place d’une Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation ; alors, pourquoi la communauté internationale force-t-elle les dirigeants actuels à accorder l’amnistie et former un gouvernement d’Union Nationale, sans que les responsables des crimes atroces ne se justifient ? Sachant très bien que les victimes d’aujourd’hui risquent d’être les bourreaux demain ?

C’est le lieu de souligner que le Programme DDRR, la politique de la cohésion sociale et le Programme de la Réduction de Violences ne peuvent prospérer ni dans l’impunité et l’insécurité ; car, c’est une prime à la délinquance.

RECOMMANDATIONS

La Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique recommande :

– A la population de respecter les croyances de chaque citoyen et les lieux de culte ;

– Aux hommes politiques centrafricains, d’adopter une attitude républicaine et responsable, afin de cesser de faire appel aux Tchadiens, Soudanais et autres, pour les aider à déstabiliser la RCA ;

– Au Tchad et Soudan et aux autres Etats de cesser toute ingérence négative, visant à entretenir la crise centrafricaine, au point de lui donner un caractère confessionnel, contre toutes réalités ;

– A certains contingents de la MINUSCA, de cesser tout ravitaillement des groupes rebelles en armes et munitions ;

– A la MINUSCA de collaborer franchement avec le gouvernement sur le volet protection de la population civile et de mettre en œuvre les Mesures Temporaires d’Urgence (MTU), conformément aux Résolutions des Nations Unies qui autorisent leur déploiement en RCA ;

– Aux groupes rebelles de déposer sans condition les armes et en vue cesser de déstabiliser le pays, et d’accroitre la souffrance du peuple centrafricain de mettre un terme à l’exploitation des ressources naturelles de la RCA ;

– A la jeunesse, de s’abstenir de toute manipulation, en vue de préserver l’unité nationale et la paix ;

– Au gouvernement de dérouler un programme de redéploiement des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sur le territoire national, pour sécuriser la population civile en détresse ;

– D’engager des poursuites judiciaires au niveau national et international contre les auteurs et complices des crimes commis en RCA.

Fait à Bangui le 12 Mai 2018

Ont signé,

*Eminence Omar Kobine LAYAMA*

*Révérend Pasteur Nicolas GUEREKOYAME GBANGOU*

*Eminence Dieudonné NZAPALAINGA*

 

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