LE CAHIER DE TEXTE DE CLASSE EST-IL UN DOCUMENT COMPTABLE ?

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Nul doute que si un cahier est tenu, c’est parce que sa nécessité est justifiée si non, on ne l’aurait pas institué. Deux portées sont reconnues à un cahier de texte de classe. D’abord il permet de suivre graduellement la progression des cours dispensés. Par ailleurs, il permet de comptabiliser les heures passées au cours s’il s’agit de vacation afin de bien établir la prise en charge.

Voici un sujet d’actualité et qui de surcroit se retrouve dans les questions tabou car, à n’en point douter, ce sujet fait couler sinon assez d’encre, mais beaucoup de salive, à l’université de Bangui. Le cahier de texte de classe est un outil de travail et de suivi pédagogique. L’enseignant rend ainsi régulièrement compte à l’institution et à la communauté scientifique des progressions conduites dans son enseignement. On y trouve, les jargons pédagogiques et techniques. Encore faut-il savoir l’interpréter. Il s’adresse à toute personne voulant avoir un aperçu synthétique de ce qui est fait en cours d’une part, et, d’autre part, il permet en cas d’absence ou de maladie de l’enseignant à son remplaçant de retrouver la progression du cours. Le remplaçant peut dispenser la suite du cours sans ambages et ceci sans que les étudiants perdent le fil normal de l’unité d’enseignement (UE) programmée.  D’ailleurs, la tenue du cahier de textes est une obligation professionnelle. En outre, le cahier de texte de classe ne retrace pas tout. En pratique, qu’est ce qu’on y met ?

C’est un phénomène complexe. La réflexion autour de son contenu renvoi aux interrogations suivantes : qui doit gérer le cahier de texte de classe ? Pourquoi et comment remplir le cahier de texte de classe ?  L’erreur commise à ce niveau est de confondre sa gestion administrative et financière. Tel est le défi actuel et futur que le manager doit relever. Dans le cas de l’espèce, le contrôle des vacations 2014-2015 se trouve dans une situation doctrinale paradoxale, cherchant une solution magique au lieu d’explorer la science financière pour un contrôle efficace et rationnel. Le cahier de texte de classe n’est pas un document comptable. Il est plutôt un auxiliaire du document comptable. Il est clair que, l’on ne peut employer celui-ci pour tenir une comptabilité financière digne de ce nom. Si la colonne du cahier reste vide ou incomplète, cela ne signifie pas que le cours n’a pas été exécuté. Il faut se référer au cahier de texte de l’enseignant ou de l’étudiant. Il existe une typologie des cahiers de texte :

  • Le cahier de texte de classe ;
  • Le cahier de texte de l’enseignant appelé cahier journal ;
  • Le cahier de texte de l’étudiant.

Les données écrites peuvent toujours être complétées, ce qui ôte toute valeur de preuve à la comptabilité publique. Plusieurs méthodes comptables, sont admises pour la rectification. Le contrôle des vacations 2014-2015 se trouve au cœur d’un dilemme. Soupçonné d’incursions répétées au sein du domaine de compétence du gestionnaire, le contrôleur financier doit sans cesse justifier ses observations, tant d’un point de vue technique que financier. Les contrôles successifs paraissent contradictoires. Lors d’un premier contrôle à l’état de nature des cahiers à la FSJP, l’ancien Recteur le Professeur Emile NDJAPOU a eu zéro vacation 2014-2015, au grand étonnement de tous. Décidemment, il serait victime d’un faux problème d’omission. De toute évidence, ce professeur hors pair, enseigne à l’Université de Bangui, sans interruption, depuis 40ans. Chez lui, c’est la rigueur scientifique authentique. Qui n’a pas gardé le souvenir de l’examen du Baccalauréat organisé par l’Université de Bangui à l’époque de l’ancien Recteur le Professeur Emile NDJAPOU ?

Il n’est pas normal que le Doyen soit en fait avec sa signature contestée systématiquement ; dans ce cas il devient le subordonné des fonctionnaires financiers qui n’ont pas de responsabilité dans la politique éducative. C’est en effet un tour de force en vue d’aboutir à une austérité. A ce titre, beaucoup de confusions règnent à ce niveau. Des différences importantes apparaissent entre l’ajournement et le rejet.

Le premier signifie qu’après avoir effectué le contrôle, le contrôleur a constaté certaines anomalies qui font qu’il ne peut pas donner son visa. Si les compléments d’informations demandées par celui-ci sont fournis, ce dernier donne son visa.

Deuxièmement, le rejet ne signifie pas que le contrôleur ne veut pas que la vacation soit payée ou qu’il s’y oppose. En réalité, l’ajournement débouche sur le visa ou le rejet. Par conséquent, aucun contrôleur vivant sur notre planète ne peut empêcher royalement le paiement d’une dépense. Il n’en a ni les pouvoirs ni les moyens. Parce que c’est l’ordonnateur qui engage la dépense, ce n’est pas le contrôleur. Au contraire, le contrôle serait une source de lenteur pour retarder le versement des vacations 2014-2015.

Michel Crozier a cru juste de dénoncer dans son ouvrage intitulé le « phénomène bureaucratique » (1963), ainsi le risque « d’un cercle vicieux bureaucratique », à savoir l’alourdissement des contrôles entrainant une intervention d’autant moins efficace que les enseignants tendent à s’emparer des zones d’incertitude afin de consolider leurs positions stratégiques. Le métier de contrôleur, est celui de contact et d’ouverture. Il faut être proche du terrain pour comprendre d’où viennent les chiffres et donner du sens aux indicateurs financiers. Le contrôle de gestion est un ensemble d’activité de planification, d’organisation comptable et de contrôle mis en œuvre pour atteindre certains objectifs. En fait, il y a un défaut de planification à l’Université de Bangui. Mais le contrôleur en tant que conseiller financier que fait-il ? Au lieu de faire des prévisions qui sont des projections selon les aléas, revoir certaines procédures, qui constituent une forme d’entrave bureaucratique et souvent aboutissent à un retour en dehors de la case. Si l’analyse le permet, c’est la vocation d’un commissaire aux comptes. Il existe une parenté entre le contrôleur financier et le commissaire aux comptes, mais des différences subsistent dans leur objet. De même, le secrétaire principal traite des données et met en forme de manière à répondre à la règlementation, le contrôleur exploite ces données pour contrôler l’activité. Malheureusement, les processus et pratiques du contrôle des vacations 2014-2015 assimilent les deux fonctions. C’est pourquoi, il faut noter que c’est un contrôle « Fourre-tout » ou « ex nihilo » qui n’est pas intégré, c’est-à-dire inorganique. Autrement dit, il ne garantit ni l’absence de gaspillage, ni l’efficacité, et entraine des risques des revendications légitimes. L’on comprend dès lors que la comptabilité financière est normalisée. En revanche, la comptabilité de gestion, n’est pas normalisée car elle est propre à chaque administration conçue dans le but de répondre aux besoins précis des managers. La vague des cas d’omission répétée des heures de vacations de certains enseignants depuis ces 4 dernières années constitue d’une part, des cas litigieux non tranchés, et, d’autre part, s’assimile à un film hollywoodien conçu de paillettes n’évoquant que des images tragiques pour les intéressés. L’espoir peut être source d’un enfer, plus grand encore que l’enfer lui-même. C’est par exemple le cas d’un vacataire non intégré et sans salaire.

De surcroit, beaucoup d’activités ne sont pas prises en charge en guise d’illustration, la correction des copies, le suivi de stage des étudiants (ISDR)… Cependant, le cerveau de l’enseignant tournait à plein régime, mais sans contrepartie. Sur ce point, Nietzche disait : « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Aujourd’hui, l’enseignant est devenu le bouc émissaire de tous les maux de l’Université de Bangui. Une enquête auprès des enseignants en mars 2014 a permis de contacter que l’Université de Bangui est plongée dans une crise de confiance de son histoire. La situation est assez inquiétante si la confiance en soi est un sujet qui revient régulièrement, c’est qu’il s’agit d’un problème fondamental. Tout cela pour voir que l’actualité par rapport à ce dossier s’est vêtue d’un manteau noir, on ne sait pas ce qui est dedans. Étant donné que, le cahier de texte de classe est devenu numérique. Pour la petite histoire, dès le début des années 80, la France a entrepris une série de réformes pour corriger son système éducatif. La circulaire n°2010-136 du 6- 9 – 2010, invite les établissements à mettre en place un cahier de texte sous forme numérique en France. En partant de l’observation de quelques pratiques anciennes de 1960. L’utilisation du cahier de texte numérique devrait amener à des évolutions dans notre sphère. Il est vrai que le système actuel date des années 1970. C’est un handicap structurel, dans cette optique la question ne peut être adressée à l’enseignant individuellement. De même, un handicap conjoncturel, tel que Platon l’expose dans la République, l’université manifeste le désir de n’avoir à accueillir à l’origine que des individus aptes à être conformés à son idéal. Mais, à la limite, ce sont les conditions économiques et culturelles qui modèleront son image. Un changement d’approche est nécessaire pour un éventuel contrôle réel et sérieux. Il est préférable de nommer un comptable public dans chaque Faculté en vue de moderniser la gestion financière. C’est un grand chantier au prix d’un énorme effort d’organisation comptable, mais celle-ci n’est pas seule en cause. La conceptualisation du nouveau système de gestion financière incluant les documents comptables. Sachant que l’écriture comptable a sa place dans le livre journal et non dans le cahier de texte de classe. Ce qui est certain, c’est que la comptabilité manuelle est morte depuis des siècles.

Aujourd’hui, nous avons la comptabilité informatique, des logiciels adaptés à la fonction comptable (tableur). Le changement est devenu une mode, mais une mode induite par l’impératif d’adaptation qui force l’organisation à choisir entre changer ou mourir. En se référant à Jean Paul Sartre, « Ne pas choisir, c’est encore choisir ». En clair, à long terme, ce n’est pas le contrôle qui conduit à la meilleure performance, mais plutôt la pratique de gestion moderne qui répond aux exigences de l’environnement. Dans cette démarche, le syndicat de l’enseignement supérieur doit jouer un rôle moteur. Il est censé être parmi les interlocuteurs privilégiés lors des grandes réformes. Ceci relève évidemment d’un partenariat, car les propositions du syndicat faciliteront les paramètres du succès de la mise en œuvre du changement du système de gestion. Sans oublier, qu’il est le relais entre l’enseignant et l’Université mais aussi entre le Ministère de l’enseignement supérieur et l’Université. Dans cette démarche, on constate la méconnaissance du fonctionnement réel de l’Université de Bangui par nos partenaires. La double expérience pédagogique et professionnelle est une richesse. La vigilance doit être double. A vrai dire, il y a dans cette affaire une dimension visible formalisée et une dimension plus cachée, informelle. Trop souvent, le contrôle est vu comme un outil qui énonce des vérités, des faits établis. L’idée selon laquelle les informations fournies par le contrôleur seraient objectives, est en effet populaire. C’est une illusion objectiviste qui a longtemps bercé les enseignants, mais aussi les managers.

Au terme de cette étude, le contrôle des vacations 2014-2015 est entaché de nombreuses critiques pour son efficacité limitée. Il manque de cohérence et de cohésion. Sa place dans les transformations actuelles reste incertaine et floue. Sachant que, nous sommes dans un secteur non marchand, le contrôle de gestion publique se différencie par rapport au contrôle de gestion privée. Il y a la nécessité de revenir aux principes fondamentaux d’une part, et d’autre part, le triangle du contrôle qui met en relation, les moyens, les objectifs et les résultats. Depuis l’instauration du système LMD, les missions de l’Université de Bangui se sont multipliées. Mais le système de gestion budgétaire et comptable est en déphasage.

Eu égard à l’émergence de nouvelles fonctions, l’insuffisance des infrastructures est un problème récurrent qui empêche l’enseignant à accomplir sa tâche régulièrement. Elle se traduit par des capacités d’accueil très limitées (salle de cours, de TD/TP). À l’heure actuelle, il y a trop de saturation. Cela appelle à la décentralisation et non l’extension. Dans l’avenir, l’enseignant doit « gagner son pain à la sueur de son front et non à la sueur du front des autres » que faire ?

  1. Abdias NDOMALE

Enseignant-chercheur à la faculté des Sciences Juridiques et Politiques à l’Université de Bangui.

Chef de Département de Droit Public

 

Tel : 77 88 70 81

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