Centrafrique : Le rapport du Groupe d’Experts Indépendants est loin de la réalité Centrafricaine, selon l’OCDH

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Bangui, le 16 août 18

 Le Président de l’ ’Observatoire Centrafricain des Droits de l’Homme (OCDH), Me. Mathias Morouba a qualifié le rapport bilan à mi –parcours du groupe d’Experts indépendants reconduit dans son mandat par la résolution 23999(2018) du conseil de sécurité comme un rapport  non exhaustive, orienté et déséquilibré. Au cours d’une conférence de presse qu’il a donnée, ce samedi 12 août 2018, à son siège situé au quartier Benz-vie  dans le 5è arrondissement de Bangui.

Le président de l’Observatoire Centrafricain des Droits de l’Homme, Me. Mathias Morouba a présenté l’objectif de ces échanges avec les professionnels des médias publics et privés : « L’Observatoire Centrafricain des Droits de l’Homme a estimé utile de faire connaitre à la Presse, au Public, et de même aux Organes des Nations Unies et au Gouvernement ses observations sur le Rapport -Bilan à mi-parcours couvrant la période de janvier 2018 à juillet 2018, que le Groupe des Experts Indépendants  a déposé récemment au Conseil de Sécurité des Nations – Unies sur la crise centrafricaine, à travers le Comité des Sanctions de la résolution n° 2127(2013), rapport Bilan à mi parcours par la suite rendu public. » a-t-il expliqué aux professionnels des médias.

Selon le président de l’OCDH, ce rapport fait état d’un aperçu de l’évolution de la situation sécuritaire en République Centrafricaine, une évaluation de l’application des sanctions imposées   par le Conseil de Sécurité concernant notre Pays  (embargo sur les armes, l’interdiction de voyager, et gel des avoirs) et a traité de plusieurs questions avec pour objectif d’identifier les personnes et les entités mêlées à des activités qui tombent sous les coups des sanctions.

Poursuivant ses propos, Me. Mathias Morouba  a indiqué que : «   le Groupe d’experts indépendants explique dans le rapport qu’il s’était rendu à Bangui et dans 14 des 16 préfectures du Pays ; qu’il a également effectué des missions officielles au Congo Brazzaville, en France, en Italie.

Il a présenté sa méthode de travail, insistant sur le fait qu’il s’était conformé aux normes que le Groupe de travail informel du Conseil de Sécurité sur les questions générales relatives aux sanctions (S/2006/997 annexe) a recommandées dans son rapport du 22 décembre 2006, son souci de transparence et l’attachement qu’il met à son indépendance.

Depuis l’adoption, sur proposition de la France, de la résolution 2127 (2013) du 5 décembre 2013, par le Conseil de Sécurité, qui a décidé de l’envoi des Forces de la Sangaris en Centrafrique, en appui aux Forces africaines de la MISCA, un embargo sur les armes en direction de la République Centrafricaine a été décrété, et un Comité de sanctions mis en place. Le Comité de sanctions a ciblé un certain nombre de personnes qui sont interdits de voyager et dont les avoir doivent être gelés ».

L’Orateur a déploré le fait que, L’embargo a été reconduit d’année en année. Pour les besoins d’équipement et de dotation de l’armée centrafricaine en refondation en armes  et matériels militaires, il a fallu solliciter des dérogations au Comité de Sanctions, qui reste très regardant. Nous ne voulons que pour preuve, la récente proposition de la Chine de doter l’armée centrafricaine de matériels et équipements militaires.  Les centrafricains n’ont pas compris le maintien de l‘embargo qui prive leur pays d’un outil essentiel  de sa souveraineté : son armée nationale, ni encore que les propositions de reconduire l’embargo vienne d’un Pays ami, son premier partenaire traditionnel. Ce, pendant que la paisible population civile continue tous les jours d’être livrée  aux exactions de toutes sortes et crimes de groupes armés, dans la plus grande impunité. C’est la dotation de la Fédération  de Russie, après accord du Conseil de Sécurité qui, récemment, a apporté un peu d’espoir aux centrafricains de voir leurs militaires, de reprendre leur mission  de défense du territoire et de protection de la population.

« Si la mission confiée au  Groupe d’Experts indépendants est de venir  faire une  évaluation de la mise en œuvre de la mesure d’embargo sur les armes décrété en République Centrafricaine et des sanctions, la question se pose tout d’abord du bien fondé du maintien de l’embargo sur les armes en direction de l’armée centrafricaine, de sa justification, après le retour du Pays à la légalité constitutionnelle.

On est surpris de voir le Groupe d’experts indépendants, dans son rapport, mettre le Gouvernement Centrafricain, issu d’élections libres, démocratiques sur le même pied d’égalité, pour leur traitement par la Communauté internationale, que les groupes armés ou les  groupes dits d’autodéfense, organisations criminelles, qui n’ont aucune légitimité, qui se sont mis en marge de la légalité interne et internationale, et qui constituent des forces négatives, devant âtre neutralisées » a interrogé le président de l’OCDH.

Il a en outre, a ajouté que, les FACA n’étant pas encore déployées  sur tout le territoire, conséquence de l’embargo, aucune action sérieuse visant à mettre ces groupes armés hors d’état de nuire n’est menée par la MINUSCA, qui pourtant a les moyens. Les responsables déclarent en aparté qu’ils ne sont venus pour faire la guerre.

« Le Groupe d’experts indépendants  se fait même l’écho   des propos bellicistes des groupes armés, qui soulignent qu’en raison du fait que la Fédération de Russie a doté récemment l’armée Centrafricaine d’armes et d’équipements militaires, ils seront obligés  – sont – ils en  droit ? – de chercher à acheter, eux aussi, des armes  pour renforcer leur capacité opérationnelle.

Le Groupe d’Experts indépendant a indiqué avoir effectué une mission au Congo Brazzaville pour convenir avec le Gouvernement de ce pays de procédures afin d’empêcher le trafic illicite de munitions de chasses habituellement utilisées par les Anti-Balakas pour leurs opérations ; mais n’a recommandé aucune mesure pour empêcher les Ex – Selekas de s’approvisionner en armes à partir du Soudan et du Tchad. Le Groupe n’a effectué aucune mission ni au Tchad ni au Soudan » a déclaré le président

En ce qui concerne l’application des sanctions à l’encontre des chefs de guerre, il est à relever  que Abdoulaye HISSEIN, NOURREDINE voyagent librement et constamment, au Tchad et au Soudan. Personne n’en parle. Le rapport n’en fait pas état.

Le dernier voyage en date est celui effectué cette semaine au Tchad par Messieurs  Abdoulaye HISSEIN, NOURREDINE ADAM  du FPRC, SIDIKI, des ‘’Trois R » »tous trois Chefs de Groupes armés ex Sélékas, et Maxime MOKOM, Chef de Groupe armé Anti Balaka, pour rencontrer des représentants du Gouvernement Français et le Président du Tchad, Monsieur Idriss  DEBY.

On ne comprend pas que le Rapport ne fait état que de la violation de l’interdiction de voyager par le Président BOZIZE, qui aurait utilisé un Passeport diplomatique Sud-africain.

Le rapport aborde ensuite la question de la Feuille de route de l’Union Africaine, unanimement rejetée par la Société Civile centrafricaine, affirmant que la plupart des Chefs de Groupes armés continuaient  d’exprimer leur appui à l’Initiative Africaine, mais était resté réservé quant à leur volonté de mettre fin à la violence.

Toutefois, le Rapport des Experts indépendants  n’a pas détaillé leurs 89 revendications, dont 12, selon eux, non négociables, à soumettre  au  dialogue projeté, à savoir, entre autres :

Partage du pouvoir/gouvernement d’union nationale/gouvernement de sortie de crise ;

Loi d’amnistie générale ;

Dialogue national inclusif ;

Dialogue et négociation dans un Pays neutre débouchant sur la révision de la Constitution et la redéfinition d’une nouvelle forme de l’Etat ;

Consultation des groupes armés pour le choix du Premier Ministre ;

Exclusions des Etrangers du Dialogue inter centrafricain ;

Revoir/annuler les accords de coopération militaire avec la Russie et l’Afrique du Sud ;

Politique de double nationalité et accès aux hautes fonctions de l’Etat ;

Transformation des groupes armés en Organisations Politiques ;

Droit des minorités ;

Renforcement du Contrôle Parlementaire ;

Adoption d’une Charte du Dialogue Permanent …

On est édifié !

La Feuille de route est un gros piège, un cheval de Troie, pour déstructurer l’Etat, faire un coup d’Etat civil, avancé et soutenu  par les parrains des Groupes armés, maintenant bien connus.

Il apparait à la Société Civile comme un moyen pour chercher à contourner la Constitution, les lois de la République, les résolutions et recommandations du Forum de Bangui, et forcer le Gouvernement Centrafricain à faire les quatre (4) volontés des groupes armés et de leurs souteneurs, en faisant planer la menace de la partition.

Le rapport du Groupe d’Experts indépendants reste limité lorsqu’il aborde la question des combattants étrangers. Il n’évoque que le cas de Freddy Libela BAONGOLI  et Alexandre MITCHIABU MABIJI, membres des groupes armés de RDC, qui venaient chercher à prendre contact avec le FRPC qui avaient été arrêtés, et s’étaient évadés.

Mais les groupes armés sont constitués majoritairement de combattants étrangers, des mercenaires  amenés ou venus du Niger,  du Tchad, du Soudan, du Mali, de la RDC, du Nigéria.

Le rapport n’en fait pas état.

Les combattants tchadiens et soudanais, facilement identifiable à leur   type physique, sont  visibles  au PK 5, Kaga Bandoro, Bria, Ndélé, etc…

Abordant la question de regain de violence au PK 15, le rapport n’a pas su établir la responsabilité de ces violences.

Et il n’est pas exact de présenter PK 5 comme une citadelle imprenable.

L’opération ‘’Sukula’’ des 7 et 8 avril 2018 avait permis de démanteler toutes les bases des groupes armés de ce quartier, et de mettre  en fuite les dirigeants. Par la suite, ils  ont lancé des  attaques sur  les quartiers environnants.

C’est le 11 avril qu’ils ont mis en avant des femmes et enfants pour attaquer les éléments de la MINUSCA. Les ordres étaient venus du haut commandement de la MINUSCA pour arrêter.

Ecrire que les groupes d’autodéfense seraient très forts et que la MINUSCA et les forces de défenses et de sécurité n’auraient pas réussi à défaire les bandes armées n’est pas exact. Le rapport ne met pas suffisamment l’accent sur la souffrance des populations du PK5, prises en  otage par les  autodéfense,   et victimes régulièrement  de vols, braquages, extorsions de fonds, violences et voies de fait, meurtres et assassinats…

Ecrire aussi que l’attaque sur l’Eglise de Fatima serait la conséquence de l’opération  »Sukula » laisse dubitatif.

La Presse centrafricaine  est épinglée  dans ce rapport  pour ses analyses de la situation sécuritaire à Bangui : Cf. page 16, n° 57 : Citation : «  Les troubles de Bangui ont relancé et exacerbé  les discours d’incitation  à la discrimination et à la violence à motivation ethnique ou religieuse, En avril et mai 2018, les journaux et réseaux sociaux ont été inondés de discours hostiles  envers le Pk 5 et sa population. L’objectif était double : tenir des propos discriminatoires visant à associer tous les musulmans centrafricains aux mercenaires étrangers venus déstabiliser le pays et inciter directement  à la commission de violence contre eux. Entre le  1 er avril  et le 31 mai 2018, la MINUSCA a recensé  39 articles  incitant à la discrimination, à l’hostilité  et à la violence publiés dans 11 journaux nationaux. » Fin de citation.

Une recommandation du Groupe d’Experts indépendants a visé le Haut Conseil de la Communication, qui a été encouragé  à poursuivre et renforcer la notification et la répression des incitations  publiques  à la discrimination, haine, violence, notamment ethnique ou religieuse qui  menacent la paix, la stabilité, la sécurité du pays.

Les experts indépendants ont peut être discuté de ce point avec les journalistes centrafricains.

Le Rapport fait état du durcissement de la position des ex-Selekas, qui chercheraient à se renforcer en armes équipements militaire et à établir des structures administratives, fiscales et minières parallèles, comme si c’était dans l’ordre des choses, sans proposer aucune recommandation pour faire cesser de tels troubles.

Le Rapport apparait déséquilibré.

Il n’insiste  pas suffisamment sur la situation catastrophique des populations civiles ni celle des   victimes.

Il n’évoque pas la forte dégradation de la situation sécuritaire et de paix dans les préfectures du sud – est : la Basse-Kotto, le Mbomou, le Haut Mbomou.

Quand il évoque la situation sécuritaire à Bambari et sur   l’axe Bambari-Ippy, il ne trouve pas de responsabilités  aux ex Sélékas ; ceux-ci n’attaquent que pour se défendre ou en représailles.

Il ne formule aucune recommandation par rapport aux actions à mener afin de rétablir la paix et la sécurité, garantir la protection de la population civile dans ces régions.

Le rapport passe rapidement sur l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Ouest du Pays, ne porte aucun jugement de valeur sur l’apparition d’un nouveau groupe appelé SIRIRI composé de peulhs.

Sur le trafic illicite d’or et de diamant, il recommande le renforcement du contrôle à l’aéroport des passagers revenant des zones diamantifères, reconnait que les groupes armés (ceux de l’ouest, le rapport ne parle pas de ceux de l’est) sont dans l’exploitation des mines, au vu et a su des éléments de la Communauté internationale et de la MINUSCA,  mais ne fait aucune recommandation pour les actions à mener afin de mettre fin au trafic de ces diamants et or de sang.

Le rapport ne fait pas état des critiques contre la MINUSCA :

Son inefficacité ;

La collusion de certains contingents avec les groupes armés, notamment ex Selekas : contingents Mauritanien, Marocain, Pakistanais, de Bangladesh, dénoncés par la population ;

Les ventes des munitions et armes de guerre par des éléments de la MINUSCA aux ex Sélékas, avérées avec l’appréhension et l’arrestation de l’élément du contingent Gabonais.

Le Rapport du Groupe d’Expert, certes fournit beaucoup d’interventions de terrain, livrés, sans appréciation ni jugement porté sur  la responsabilité des uns et des autres.

Il parait, en outre, orienté, pour conforter l’idée forgée, pour les besoins de la cause, que la Communauté internationale est en Centrafrique pour éviter un génocide, protéger une minorité,  menacée de violence  jusque par la presse, et laisser croire à une partition de fait du pays.

Le rapport du Groupe d’experts indépendants oublie que dans certaines de  ses résolutions, le Conseil de sécurité s’était engagé à  accompagner  le Gouvernement légitime centrafricain   dans ses actions  en vue du redéploiement des services publics dans les différentes provinces, la restauration de l’autorité de l’Etat  sur  tout le territoire, et veiller au maintien de l’intégrité du territoire centrafricain.

Bienvenu ANDALLA,

 

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